Guerre au Moyen-Orient : les professionnels du bâtiment face à la flambée des coûts des matériaux

La reprise encore fragile du secteur du logement en France pourrait être compromise par les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient. Dans un contexte international tendu, les professionnels du bâtiment alertent sur une hausse rapide des prix des matériaux et de l’énergie, qui pèse déjà sur l’activité.
Une hausse du carburant qui fragilise les chantiers
Les premiers effets de la guerre se font sentir sur le coût des carburants, en particulier le gazole non routier (GNR), indispensable au fonctionnement des engins de chantier. Cette augmentation impacte directement la rentabilité des projets en cours.
Jean-Christophe Repon, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), souligne que de nombreux artisans doivent désormais adapter leur organisation : sélection plus stricte des chantiers, optimisation des déplacements ou encore recours au covoiturage. Dans certains cas, le doublement du prix du GNR rend non rentables des travaux pourtant engagés sur la base de devis antérieurs.
Des matériaux de construction de plus en plus coûteux
Selon une enquête menée auprès de 2 600 adhérents de la Capeb, plus de la moitié des artisans (56 %) déclarent subir l’impact de la hausse du GNR. Par ailleurs, 65 % ont été informés par leurs fournisseurs d’augmentations tarifaires à venir sur les matériaux.
Du côté de la Fédération française du bâtiment (FFB), le constat est similaire. Son pôle habitat observe que plusieurs fournisseurs ont entamé des négociations pour revoir leurs prix à la hausse.
Les produits les plus concernés sont ceux dérivés du pétrole — tels que les bitumes ou les polystyrènes — mais aussi les métaux comme le cuivre et l’aluminium, dont la production est très énergivore. Plus surprenant, certains matériaux moins directement liés aux hydrocarbures, comme le bois, subissent également des hausses. En cause : l’utilisation de colles et de liants issus de la pétrochimie dans leur transformation.
Globalement, les augmentations constatées varient entre +2,5 % et +20 %, selon les remontées du terrain.
Un secteur déjà fragilisé en quête de soutien
Face à cette situation, les représentants du secteur dénoncent un manque de soutien public. Alors que des mesures d’accompagnement ont été mises en place pour d’autres professions, comme les agriculteurs ou les pêcheurs, les acteurs du bâtiment estiment être laissés pour compte.
Pour Jean-Christophe Repon, cette nouvelle crise s’ajoute à une conjoncture déjà difficile. Depuis trois ans, le secteur du bâtiment traverse une période de ralentissement, aggravée en début d’année par des conditions météorologiques défavorables ayant perturbé de nombreux chantiers en France.
La Capeb évoque également une détérioration du moral des artisans. Face à des témoignages de détresse et de résignation, l’organisation a décidé de mettre en place une cellule dédiée à la santé mentale de ses adhérents.
Une reprise du logement menacée par l’incertitude
Du côté des promoteurs et constructeurs, l’inquiétude porte sur la dynamique du marché immobilier. Après des signes encourageants en janvier et février, la reprise de la construction de logements reste fragile.
L’évolution du conflit et ses conséquences économiques pourraient accentuer les tensions inflationnistes. Une hausse durable des prix pourrait entraîner un relèvement des taux d’intérêt, réduisant davantage la capacité d’emprunt des ménages et, par ricochet, la demande de logements.
Une équation économique de plus en plus complexe
Dans ce contexte incertain, les professionnels du bâtiment doivent composer avec une équation économique de plus en plus difficile : hausse des coûts, marges sous pression et visibilité réduite sur les mois à venir.
Si le conflit au Moyen-Orient se prolonge, ses effets pourraient durablement affecter l’ensemble de la filière, déjà fragilisée, et freiner la reprise attendue du secteur du logement en France.
/cloudfront-us-east-2.images.arcpublishing.com/reuters/CHVKBR7JWFP2RCHVY6BI3LQUJY.jpg)



