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10 chiffres pour comprendre le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne

Négociations, négociations, transition… Après quatre ans et demi de discussions et de rebondissements, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont finalement consommé leur séparation. Les représentants des États membres de l’UE ont donné lundi 28 décembre le feu vert pour l’application provisoire, à partir du 1er janvier, de l’accord post-Brexit entre Bruxelles et Londres quatre jours plus tôt, en attendant l’approbation des députés au début de 2021. Cette transition vers la nouvelle année marquera donc la fin de la période de transition décidée entre les deux parties et l’application de nouvelles règles commerciales (mais pas seulement) entre les deux partenaires.

C’est l’occasion de faire le point sur cet épisode sans précédent de l’histoire européenne en chiffres.

1246: le nombre de pages de l’accord

Imaginez un livre de l’épaisseur Guerre et Paix par Léon Tolstoï, rempli de jargon économico-administratif. L’échange de biens, la coopération judiciaire, les mouvements de capitaux, le secteur de l’énergie, le sort des petites et moyennes entreprises, la propriété intellectuelle… Pour connaître les détails de l’accord commercial arraché par Londres et Bruxelles après neuf mois de négociations, les experts doivent se plonger dans un texte de 1246 pages (mettre en ligne et PDF et en anglais).

Ce document doit désormais être scruté par les députés britanniques et les députés européens, qui doivent encore voter. Ce dernier, convoqué au vote avant le 28 février, a également demandé s’il était possible de bénéficier d’un peu plus de temps pour mener à bien cette tâche fastidieuse, selon une source parlementaire citée lundi par l’AFP. Les députés britanniques devront étudier et voter le texte le 30 décembre à Westminster, une seule journée pour débattre de l’ensemble du parquet. Certes, c’est une formalité puisque le gouvernement de Boris Johnson dispose d’une majorité très confortable. Mais ce temps extraordinairement court “n’est pas idéal”Le journaliste politique de la BBC Chris Mason a déclaré lundi matin au ministre pro-Brexit Michael Gove, ce qui implique que de nombreux parlementaires voteront sur le texte sans même l’avoir lu.

668 milliards de livres: commerce annuel entre le Royaume-Uni et l’UE

Le 1er janvier, le Royaume-Uni quittera le marché unique ainsi que l’union douanière. Grâce à l’accord obtenu par Boris Johnson et Ursula von der Leyen, les échanges pourront se poursuivre entre les deux entités sans que les entreprises n’aient à payer de droits de douane. Bonne nouvelle puisque ces échanges s’élevaient encore à 668 milliards de livres sterling en 2019 (environ 736 milliards d’euros), selon les chiffres du Parlement britannique (lien en anglais).

7500: le nombre d’employés du secteur financier qui ont quitté la ville pour le continent

Selon le cabinet d’audit britannique EY, plus de 7500 salariés du secteur financier avaient déjà, en octobre, été relocalisés sur le continent depuis le référendum sur le Brexit. Selon son recensement, 24 entreprises du secteur avaient déclaré vouloir transférer leurs actifs de Londres vers les hubs financiers européens, pour un montant estimé à plus de 1,2 billion (oui, MILLIARD, soit 12 zéros), soit plus de 1300 milliards euros. Ce faisant, ces entreprises ont l’intention de pouvoir continuer à offrir leurs services financiers à l’ensemble des 27.

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En octobre, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a déclaré que près de 150 milliards d’euros d’actifs seront délocalisés en France d’ici fin 2020 en vue du Brexit.

+ 500%: l’augmentation du nombre de Britanniques ayant demandé la nationalité d’un pays de l’UE depuis 2016

Une étude (PDF en anglais) publié en juillet dernier examine les Britanniques qui ont quitté le Royaume-Uni au cours des deux premières années après le vote sur le Brexit. On apprend que ce nombre a augmenté de 30%, passant d’une moyenne de 56 832 personnes par an entre 2008 et 2015 à 73 642 personnes par an entre le référendum de 2016 et l’année 2018, résume Le gardien (article abonnés). La France, deuxième pays de résidence le plus populaire après l’Espagne, a enregistré 5 000 installations britanniques entre 2016 et 2018, contre 500 par an en moyenne auparavant.

Plus impressionnant encore, le nombre de Britanniques qui ont demandé la nationalité d’un pays de l’UE a bondi de 500% depuis le référendum. Par exemple, entre 2016 et 2019, 31600 d’entre eux ont acquis la nationalité allemande et le nombre de Britanniques naturalisés outre-Rhin a augmenté de 2300% en 2019 par rapport à 2015, rapporte Le gardien. Ils sont ainsi devenus le deuxième peuple le plus «naturalisé» d’Allemagne, après les Turcs. Une décision motivée par la volonté de pouvoir se déplacer et travailler sans visa dans toute l’Europe après la date fatidique du 1er janvier 2021.

110 millions d’euros: le montant investi par Londres pour remplacer Erasmus en 2021-2022

En janvier 2020, Boris Johnson a promis que le programme Erasmus survivrait au Brexit. Le 24 décembre, le Premier ministre a finalement annoncé le retrait du Royaume-Uni du célèbre programme d’échange universitaire, qui a permis depuis 1987 à 35 000 jeunes Britanniques d’étudier dans un pays de l’UE (et vice versa). Selon un négociateur cité jeudi par Le gardien (lien abonnés), rester membre du projet aurait coûté “plusieurs centaines de millions de livres” au gouvernement britannique. Au lieu de cela, ce dernier a annoncé la création de son propre programme, baptisé “Alan Turing”, en l’honneur du célèbre mathématicien anglais. Son financement a été fixé à 100 millions de livres (environ 110 millions d’euros) pour l’année universitaire 2021-2022. Il convient également de noter que le programme Erasmus sera maintenu dans les universités nord-irlandaises.

100 km: la longueur du redoutable embouteillage de camions dans le Kent

En moyenne, 12 000 camions transitent quotidiennement entre le Royaume-Uni et la France. Oui le pas d’arrangements – et la restitution des droits de douane – a été évitée de justesse, l’application de l’accord n’empêchera pas certains désagréments à la frontière franco-britannique, car des contrôles devront être mis en place pour s’assurer que les marchandises transportées correspondent bien aux déclarations antérieures réalisé sur internet par des entreprises. Si ces derniers ne remplissent pas correctement ces nouvelles formalités, le gouvernement britannique estime que 7000 camions pourraient se retrouver sur la route du port de Douvres, un embouteillage de 100 kilomètres de long, rapporte Reuters (en anglais).

5 milliards d’euros: le montant de la réserve d’ajustement du Brexit

Anticipant les difficultés de certains secteurs et pays à s’adapter au Brexit, l’UE a annoncé la mise en place du Réserve d’ajustement Brexit, un fonds de soutien de cinq milliards d’euros. Dans les pays concernés, le secteur de la pêche devrait être un bénéficiaire. L’accord prévoit une période de transition de cinq ans et demi jusqu’en juin 2026, au terme de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement abandonné 25% de leurs captures, qui s’élèvent à 650 millions de d. «euros.

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27: le nombre d ‘«équipes de travail» formées pour répondre aux enjeux du Brexit

De l’autre côté de la Manche, jusqu’à 22000 personnes travaillaient aux préparatifs du Brexit en octobre 2019, selon le National Audit Office (NAO). Dans le processus, leL’année 2020 a été marquée par une multiplication des «task forces», ces groupes de travail réunissant des responsables chargés d’examiner les aspects concrets du Brexit. Le “groupe de travail Europe” et le “groupe de travail de transition” se sont mis au travail en janvier.

Hélas, en avril, le coronavirus a fait exploser ces cellules de travail: dans un ensemble de chaises musicales sans précédent, une centaine de ces responsables ont été redirigés vers une “task force coronavirus”, expliquait fin avril Le nouvel européen (en anglais), tandis que d’autres agents ont repris la préparation du Brexit et les négociations avec Bruxelles. En novembre, le ministre Michael Gove a annoncé la création d’un nouveau groupe: le «Brexit business task force». Son ambition est de permettre au monde des affaires et à l’entreprise de préparer l’après-Brexit en accord avec le gouvernement. Tout cela a donné lieu à d’innombrables heures de réunions virtuelles.

De son côté, l’Europe a évidemment mis en place en début d’année sa propre équipe dédiée aux négociations post-Brexit, dirigée par le Français Michel Barnier. Son propre «groupe de travail» (PDF en anglais) Il y avait alors six sous-groupes, chargés de travailler sur les aspects les plus complexes de l’application du Brexit.

Cet amour des groupes de travail, 27 au total, se poursuivra également au-delà du Brexit: dans le cadre du nouvel accord, 19 comités et 4 groupes de travail seront constitués pour permettre aux Européens et aux Britanniques de préciser les contours secteur par secteur.

36: le nombre de jours de retard dû à Covid-19

Cette année de négociations se termine par un accord in extremis. Cela avait cependant très mal commencé, de nombreuses voix s’étant déjà élevées sur la difficulté de parvenir à un accord commercial en neuf mois seulement. Après une première ronde de discussions tenue début mars, le calendrier a été bouleversé par l’épidémie du coronavirus. Initialement prévue le 18 mars à Bruxelles, la deuxième séance de négociation a été reportée au 24 avril, par visioconférence, pandémie oblige. Soit un délai de 36 jours.

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5: le nombre de fois où nous nous sommes rapprochés du “pas d’accord”

Depuis le vote du 24 juin 2016, Européens et Britanniques sont au bord du chaos. À cinq reprises, le calendrier a dû être modifié pour éviter le scénario pas d’arrangements. Ainsi, la date officielle de la rupture a été fixée pour la première fois au 29 mars 2019. En l’absence d’un premier accord sur les conditions du retrait, Londres et le 27 ont décidé, à peine huit jours avant la date fatidique, de reporter la sortie du Royaume-Uni. de l’UE. Deux jours avant le date limite du 12 au 10 avril, une nouvelle échéance est accordée: la date du Brexit est repoussée au 31 octobre. Mais alors que les députés britanniques rongent, refusant de voter pour l’accord négocié par Theresa May, cette nouvelle échéance tombe de justesse. 28 octobre, trois jours avant le redouté pas d’arrangements, les parties conviennent de reporter à nouveau le Brexit, au 31 janvier 2020. Cette fois, c’est la bonne: le Parlement britannique, puis le Parlement européen valident l’accord sur le fil, les 23 et 29 janvier, deux jours à peine avant le divorce. Phew!

Alors que 2020 commence par une séparation en douceur, de nouvelles négociations s’ouvrent pour nouer un accord commercial prêt à entrer en vigueur le 1er janvier 2021. Le nouveau Premier ministre, Boris Johnson, prévient en septembre que ce texte devra être dans les tuyaux non au plus tard le 15 octobre, sinon le pas d’arrangements sera inévitable. Le chef des négociateurs européens, Michel Barnier, fixe la date limite pour parvenir à un accord le 31 du même mois. Mais, une fois de plus, les négociateurs n’arrivent pas à trouver un accord mutuellement satisfaisant, ni le 15 ni le 31. Ce n’est que le 24 décembre que Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, trouvent un terrain d’entente… à une semaine du gong final.

Alphonse Dumont

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