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Quel rôle joue l’antisémitisme dans l’extrême droite américaine?

Partisans pro-Trump à Capitol Hill – Manuel Balce Ceneta / AP / SIPA

  • Lors de l’invasion du Capitole des États-Unis mercredi par des partisans radicaux de Donald Trump, de nombreux signes antisémites ostentatoires ont été repérés, qu’il s’agisse de drapeaux, de t-shirts, de tatouages.
  • Une partie de l’extrême droite américaine surfe sur l’antisémitisme depuis longtemps, et Donald Trump a toujours maintenu une certaine ambiguïté sur la question.
  • Un sentiment renforcé avec le mouvement Qanon et la conspiration liée au coronavirus.

De nombreux signes antisémite ont été vus à
les partisans radicaux de Donald Trump qui ont envahi le Capitole mercredi : T-shirt « Camp Auschwitz », tatouages ​​et symboles
néo-nazi, ou des membres connus de groupes néo-nazis américains comme Matthew Heimbach ou Jason Tankersley.

Rien d’étonnant pour Tristan Mendès France, maître de conférences à l’Université de Paris en cultures numériques et qui a longtemps étudié les extrêmes. Pour lui, le constat est clair: «Le noyau nucléaire de la « trumposphère » radical est l’antisémitisme nourri au biberon, bien que, bien sûr, toute la base Trumpienne ne le soit pas. « 

Qanon et complot, terrain fertile pour l’antisémitisme

La raison vient principalement du rapprochement avec le mouvement Qanon, avec de nombreux messages antisémites, qui a longtemps arrosé la branche la plus radicale des partisans de Donald Trump, faisant croire, entre autres, à une grande théorie du complot visant à élire illégalement Joe Biden. « Il n’est pas surprenant que l’on retrouve dans le Capitole à la fois des signaux Qanon et des marqueurs antisémites, T-shirt, slogan très clair », note le conférencier.

Pour résumer, Qanon véhicule la thèse d’une conspiration venant de l’élite pédo-sanatique dominant le monde et plus encore les États-Unis. Pourtant, «dès que l’on mélange fantasme des élites mondiales et conspiration, on ouvre presque systématiquement la porte à l’antisémitisme», note Tristan Mendès France. Conséquence fatale, les thèses du complot ayant explosé avec le coronavirus, l’antisémitisme «est de plus en plus visible, de plus en plus ouvertement et de plus en plus toxique. « 

L’antisémitisme dans l’histoire des États-Unis

Au-delà des circonstances exceptionnelles du coronavirus, l’antisémitisme « est un élément central de l’idéologie du l’extrême droite Américain même s’il n’a pas la même importance selon les mouvements concernés », informe Alexis Pichard, chercheur en civilisation
américain, auteur du livre Trump et les médias, l’illusion de la guerre? : «On le retrouve très naturellement dans les groupes néo-nazis, qui ont prospéré sous Barack Obama et ont été légitimés par Donald Trump tout au long de sa campagne de 2016 et même au-delà. Rappelons en particulier les manifestations «Unissons la droite» à Charlottesville à l’été 2017, au cours desquelles des militants d’extrême droite scandaient «Vous ne nous remplacerez pas» ainsi que «Les juifs ne nous remplaceront pas». « 

Pour le chercheur en civilisation, la tradition antisémite de l’extrême droite américaine remonte au moins aux années 1940, lorsque le mouvement populiste America First a émergé, caractérisé par sa ferme opposition à l’administration Roosevelt et sa haine des juifs. « Si l’adhésion des fascistes et des nazis est officiellement interdite par le mouvement, ses rangs sont néanmoins peuplés de partisans d’Hitler, sympathisants de l’Allemagne nazie », souligne-t-il.

Donald Trump, jamais dissocié

Voilà pour des raisons structurelles et économiques. Il reste une dernière chose, l’influence de Donald Trump lui-même là-dedans. Pour Tristan Mendes France, le président américain surfe depuis longtemps sur une ligne de crête: il n’a jamais rejoint Qanon, mais ne l’a jamais quitté non plus. Le conférencier recense ainsi plus de 200 fois où le chef de l’Etat a relayé les comptes twitter de Qanons sur son propre compte.

Donald Trump a également souvent fait des références plus ou moins directes à l’extrême droite. Alexis Pichard: «Aussi, quand lors de sa campagne de 2016, il a choisi ‘America First’ comme slogan phare, sous l’influence de Steve Bannon, un idéologue d’extrême droite, il a établi un lien de filiation avec le mouvement populiste des années 1940 voire si la sémantique qu’il encode dans l’expression lui permet de nier tout rapprochement idéologique. « 

Une stratégie connue sous le nom de clien d’oeil, dont le chercheur en histoire identifie encore de nombreux exemples: « après les affrontements de Charlottesville, il avait déclaré qu’il y avait » de très bonnes personnes « parmi les manifestants d’extrême droite, donc parmi les néonazis. Trump a également adopté les emblèmes de l’extrême droite antisémite lors de sa campagne de 2016, comme Pepe the Frog, un personnage fictif transformé en icône de la fascosphère. « 

Une stratégie qui semble désormais se retourner contre lui, dans une Amérique choquée par les événements du Capitole et qui ne pourra jamais pardonner à Donald Trump cette crise, même en 2024 où il pourrait avoir l’ambition de se représenter.

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Lothaire Hébert

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