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Pour les troubles mentaux, ce second confinement est une bombe à retardement

PSYCHOLOGIE – Un ascenseur émotionnel. C’est ainsi que nous pourrions décrire les allées et venues de nos humeurs depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Après le choc de l’annonce du premier lock-out en mars dernier, le ciel a semblé s’éclaircir au cours de l’été. Mais il s’est vite assombri à nouveau en septembre avec les annonces successives du couvre-feu, fermetures de bars et de restaurants, puis deuxième confinement.

Le problème est que cet ascenseur émotionnel nécessite une forte endurance psychologique et s’apparente désormais à une véritable bombe à retardement lorsqu’il s’agit de troubles mentaux.

Mardi 17 novembre, Jérôme Salomon a alerté sur la santé mentale des Français c’est dégradant. «Cette épidémie est stressante, anxiogène et peut générer des souffrances psychologiques pour beaucoup d’entre nous. «La crise sanitaire du Covid-19 a révélé la fragilité psychologique de nombreux Français. Il y a donc une augmentation significative des états dépressifs. Le nombre de personnes touchées a en effet doublé entre fin septembre et début novembre », a indiqué le directeur général de la santé.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a rappelé ce jeudi 19 novembre lors d’une conférence de presse et souligné que l’augmentation des syndromes dépressifs observée concerne «tous les profils socio-démographiques».

Résilience moindre

En septembre, Le HuffPost avait interrogé plusieurs psychiatres et psychologues et tous craignaient déjà une vague de troubles mentaux. C’était avant que nous sachions qu’un couvre-feu serait imposé dans certaines régions de France, puis qu’un reconditionnement national serait annoncé. Cependant, ces annonces semblent avoir accéléré le processus de développement de certains troubles psychologiques, comme en témoigne la HuffPost Samuel Dock, psychologue clinicien, co-auteur de «Le nouveau malaise de la civilisation».

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«Certains patients qui étaient très résilients lors du premier accouchement le sont maintenant beaucoup moins. Les ressources trouvées lors de la première vague sont de plus en plus difficiles d’accès aujourd’hui », explique-t-il. En septembre, il observait déjà des réactions phobiques chez ses patients, et craignait l’apparition d’anxiété et de dépression.

Comme lui, Gladys Mondière, psychologue et co-présidente de la Fédération française des psychologues et psychologues (FFPP) a déjà constaté une augmentation des consultations en début d’année scolaire. Mais, autant qu’elle redoutait l’avenir, elle ne s’attendait pas à ce qu’elle verrait aujourd’hui. «Ce nouveau confinement a un effet d’entraînement qui n’est même pas atténué, c’est presque une bombe à retardement», regrette-t-elle, contactée par Le HuffPost.

Ce reconditionnement emporte en effet tout en lui, par rapport au premier, pour former une vague de troubles psychologiques. «C’est beaucoup plus agressif. Un grand défaitisme se joue. On se dit «nous revoilà», ce qui jette un doute sur l’avenir et génère un très fort sentiment d’angoisse, mais aussi de captivité », explique Samuel Dock.

Le temps passe. L’épidémie continue. Nos ressources intimes s’épuisent. «On ne voit plus rien, on ne veut plus rien, on a l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Ce second confinement n’a rien du premier et de son effet de surprise sans pareil. Nous savons que cela a déjà duré. Nous savons donc que cela peut durer. L’étirement du temps, avec les interventions gouvernementales qui projettent désormais l’épidémie jusqu’en 2021, rend impossible toute projection dans quoi que ce soit », explique Gladys Mondière.

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«Épuisement de la maison»

La lassitude aussi s’est installée. L’élan de solidarité dès le premier accouchement, les applaudissements à 20 heures, l’enthousiasme pour la apéritifs vidéo, les tutoriels pour faire votre propre pain, pour tout cela, notre énergie est moindre. Pour faire un parallèle avec l’épuisement professionnel, le burn-out, Samuel Dock évoque «l’épuisement domestique». «Les loisirs sont épuisés, cet endroit est devenu une sorte de cage. Nous sommes enfermés dans notre maison, mais aussi dans notre quartier, notre ville, notre pays. L’univers s’est resserré sur lui-même », souligne-t-il.

À cet épuisement et à cette lassitude s’ajoute l’incompréhension qui semble résulter de cet enfermement, pourtant plus souple que le premier. «Vous pouvez aller travailler, et vous rentrer chez vous, le« métro-travail-sommeil »est devenu une réalité clinique et est très mortel sur le plan psychique. Quel est l’intérêt de cette vie si elle n’est faite que pour le travail? Que traversons-nous? », Demande Samuel Dock.

Sachant que même au travail, les relations sociales ne sont pas les mêmes. «Nous avons supprimé tout le social et il ne reste plus que les contraintes de travail, ce qui renforce encore l’isolement social», explique Gladys Mondière.

Sauver Noël

Selon une étude récente de la Fondation Jean Jaurès, les conséquences pourraient être encore plus terribles, avec un augmentation des suicides et des pensées suicidaires à considérer dans les années à venir.

Même si un pic épidémique semble passé, selon Olivier Véran qui reste prudent, la lutte contre les conséquences du coronavirus est loin d’être terminée. Gladys Mondière s’inquiète: “cette légère amélioration ne permettra pas de déconfiner immédiatement, et il n’y aura pas d’effets positifs après l’endiguement, comme cet été”. De son côté, Samuel Dock redoute l’approche des fêtes de fin d’année. «Si Noël est confiné, ce sera probablement un carnage psychologique. Pour beaucoup, c’est l’occasion ultime de créer des liens sociaux. Et pour eux, en quelque sorte, si le coronavirus prend Noël, il aura tout pris. “

Voir aussi sur Le HuffPost: Le gouvernement met en garde contre la dégradation de la santé mentale des Français

Delphine Perrault

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