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Doit-on désormais miser sur le traçage rétrospectif pour contenir le coronavirus?

Afin de mieux comprendre l’évolution de la maladie, plusieurs scientifiques assurent qu’il faut changer notre stratégie de dépistage face au coronavirus, et traquer les «super diffuseurs».

Lorsqu’il a été testé positif au coronavirus et hospitalisé début octobre, Donald Trump a été placé à l’isolement et très rapidement, les autorités sanitaires américaines sont rapidement allées à la recherche des cas de contact du président américain. Quelques heures plus tard, sa compagne Mélania et plusieurs de ses proches collaborateurs à la Maison Blanche ont subi le même sort.

Traçage à la japonaise

Cette situation, le président des États-Unis n’est évidemment pas le seul à y avoir été confronté puisque depuis le début de la pandémie Covid-19, plusieurs millions de patients et leur entourage ont dû être eux-mêmes isolés en vue de limiter la propagation de la maladie. le virus.

Cette recherche systématique de cas de contact, actuellement menée en France comme dans de nombreux autres pays du monde, est appelée traçage prospectif. Mais cette stratégie est de plus en plus discutée, car elle semble montrer ses limites, notamment en ce qui concerne la localisation des contaminations. Les dernières données de Santé publique France, par exemple, rapportent que seulement 10% des contaminations proviennent de clusters identifiés par les autorités. Comment inverser cette tendance?

De plus en plus de voix, celles de scientifiques et de professionnels de santé, appellent donc les autorités françaises à recourir au traçage rétrospectif, le traçage en arrière, un processus d’enquête plus approfondi pour comprendre où la contamination a eu lieu. Appelé traçage «à la japonaise» pour son utilisation appliquée et réussie dans ce pays, ce système devrait permettre de savoir à partir de qui le patient infecté est devenu le cas-contact. Une stratégie qui prouverait, selon plusieurs études, en payant pour identifier les super-propagateurs et ainsi éviter d’éventuelles futures contaminations.

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Aux États-Unis, la question de savoir où Donald Trump a été infecté, par exemple, s’est posée pendant plusieurs jours, et reste encore un mystère. Selon travail de Nicolas Low de l’Université de Berne en Suisse, cette contamination aurait pu se faire à neuf endroits différents la semaine précédant sa contamination. Une enquête approfondie aurait ainsi permis d’éviter de nouvelles contaminations là où Trump a été touché.

10 à 20% de super-contaminants

Afin de comprendre l’intérêt de cette méthode et son fonctionnement, le Journal international de médecine s’est intéressé aux propos d’Antoine Flahault, spécialiste de la modélisation mathématique des maladies transmissibles. Selon lui, la méthode de traçage rétrospectif pourrait être un puissant allié dans la lutte contre la maladie.

“10 à 20% des contaminations mènent à l’ensemble de la pandémie. Si 80/90% des cas contaminent 0 ou 1 cas, on n’a pas à se fatiguer par leurs contacts. En revanche, il faut tout mettre en œuvre pour arrêter la propagation causée par les 10 ou 20% restants », détaille le spécialiste de la crise sanitaire.

Antoine Flahault confirme et explique les raisons pour lesquelles cette nouvelle stratégie pourrait faciliter l’identification des contaminations et des lieux de contamination.

«Si je détecte un cas (de Covid-19) de façon routinière, j’ai très peu de chances d’avoir affaire à un super propagateur. Par contre, la probabilité est plus élevée pour celui qui a contaminé mon cas. Il l’a contaminé en un endroit clos, bondé, mal ventilé, sans distance physique. Si le suspect est positif (…), vous convoquez toutes les personnes qui ont travaillé avec le cas index suspecté: quarantaines strictes, tests et si positif, isolement (…). aller vite », explique-t-il.

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Vers un changement de paradigme?

Si, par hasard, les autorités françaises voulaient mettre en place ce traçage en arrière, alors nous devrions revoir la stratégie qui est en place depuis plusieurs semaines. Contactée par BFMTV.com, l’épidémiologiste Catherine Hill, affirme qu’il faut désormais aller “plus vite” en France.

“La moitié des personnes infectées ne sont pas symptomatiques, certaines ne le seront jamais. Nous nous efforçons de trouver des cas de contact, cela a fonctionné en Corée du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais cela a fonctionné car ils n’avaient pas beaucoup de cas. Nous devons changer de stratégie, tester massivement et surtout plus rapidement », estime l’épidémiologiste, estimant qu’il« est possible, à condition de changer la façon de faire, de séparer les tests en dépistant 100 personnes ».

Pour elle, plusieurs pistes sont prometteuses, dont celle des tests antigéniques «rapides» et dont les résultats sont obtenus en moins de 30 minutes. «Toujours en traçage rétrospectif, Catherine Hill estime que leur mise en œuvre serait un moyen de soulager les agents de santé« qui sont à genoux ».

«Demander aux autorités sanitaires de se consacrer avant tout au traçage rétrospectif, c’est se décharger de leur travail», confirme Antoine Flahault.

Outre l’aspect sanitaire, une meilleure localisation des lieux de contamination pourrait grandement améliorer le climat social. Comme le dit le journal Le parisien, cela pourrait permettre d’adapter certaines restrictions dans plusieurs lieux actuellement fermés, ou ouverts sous certaines conditions.

Delphine Perrault

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